• • • • • • Le Grand Pillage, II.8.1 (vodka, snobs blasés abrutis à la) //
    
    
     Depuis quinze siècles, des soldats en armes arpentent les rues de la ville et se restaurent nonchalamment aux terrasses des cafés. Ces dernières années particulièrement, les relations entre la guérilla et le gouvernement ont été pour le moins houleuse. L'armée gouvernementale engage souvent des chefs de village comme supplétifs, un système qui n'améliore pas l'ambiance villageoise.
    
     L'Américain se renversa contre le dossier de sa chaise afin de permettre à monsieur Moulin de lire ce qu'il venait de taper sur son ordinateur portable. Il lui demanda ce qu'il en pensait, mais le vieux fonctionnaire exilé n'en pensait rien — il désirait obtenir un visa et c'était tout.
     Le groupe dont l'Américain était le centre monopolisait deux tables en terrasse et ce fut finalement Shasly, le Nubien, qui se chargea de louer la qualité de son texte. Shasly était venu accompagné de deux amis : Abdul — le soldat chanteur — et Fariman — l'intellectuel aux grosses lunettes qui parlait japonais.
    

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